La malle et le samovar

La malle de voyage de Charles Paknadel, et le samovar de Henkel Galek. Deux objets symboliques forts qui ont d’une certaine façon structuré le roman. Le premier, couvert des autocollants des hôtels, salles de concert et compagnies maritimes, synthétise les voyages de Charles, voyages et séjours temporaires liés à son activité de musicien, d’artiste au nomadisme choisi et heureux : il y rencontrera Kimiko, l’amour de sa vie. Le second, emporté par Henkel lors de sa fuite de Varsovie et qu’il déposera cérémonieusement dans chacun ses foyers successifs, représente ses pénates, l’âme de sa famille qui subit l’exil et espère trouver en France un abri sûr et permanent. Hélas, dans le train qui l’emportera seul vers la mort dans son pays natal, pour ce dernier voyage, son samovar ne l’accompagnera pas. Le pays d’accueil n’a pas su le protéger. Le voyage est donc un motif fondamental de ce récit : voyages d’exil, subis, pour fuir les persécutions et les menaces, comme les Paknadel, les Galek, quittant Varsovie pour Paris, exils choisis, comme celui de Kimiko pour suivre son amour,  voyages entrepris pour des tournées d’artiste, voyages pour trouver enfin un havre de paix, comme les Breterman-Bright.

Le post de JiHoon Suk, collectionneur japonais

Here’s a recent acquisition – a nice Japanese Parlophone disc featuring a violin solo titled « Souvenir » by Charles Paknadel, a violinist (and cornetist) who was working as one of the primary musicians of the Moulin Rouge Jazz Band at the Florida Dance Hall, Tokyo, Japan. Recorded in c. November 1931 and issued in February 1932.
Very little is known about Paknadel, other than the fact that he was in Japan since the early 1930s and has been engaged in a variety of Jazz Bands in Tokyo around the time. Many sides of this Moulin Rouge Jazz Band were issued by Nippon Columbia in the early 1930s, which were often adaptations and arrangements of Japanese pop songs of the era. This one, however, was issued by the Japanese Parlophone. Paknadel is thought to be the only musician out of the Moulin Rouge ensemble who had recorded solo discs by himself, though I am not sure how many sides he had recorded over time.
The music he is playing is NOT the famous Drdla piece, but rather a sweet, 1920s Café-Concert type music composed by Gino Bordin (1899-1977), an Italian guitarist/mandolinist who was also active in Japan at that time. In fact, the B-side of this record features a Hawaiian Guitar and Violin duet (with some occasional « musical saw » accompaniment) with Bordin and Paknadel (something I will post in the future).
Voici une acquisition récente – un joli disque japonais de Parlophone avec un solo de violon intitulé « Souvenir » de Charles Paknadel, violoniste (et cornétiste) qui travaillait comme l’un des musiciens primaires du Moulin Rouge Jazz Band au Florida Dance Hall, Tokyo, Japon. Enregistré en c. Novembre 1931 et publié en février 1932.
On sait très peu de choses sur Paknadel, à part le fait qu’il était au Japon depuis le début des années 1930 et qu’il a été engagé dans une variété de groupes de jazz à Tokyo à l’époque. De nombreux côtés de ce groupe de jazz Moulin Rouge ont été publiés par Nippon Columbia au début des années 1930, qui étaient souvent des adaptations et des arrangements de chansons pop japonaises de l’époque. Celui-ci, toutefois, a été publié par le Parlophone japonais. On pense que Paknadel est le seul musicien de l’ensemble du Moulin Rouge à avoir enregistré des disques solos par lui-même, même si je ne suis pas sûr du nombre de côtés qu’il a enregistrés au fil du temps.
La musique qu’il joue n’est PAS la célèbre pièce de Drdla, mais plutôt une musique de type Café-Concert des années 1920 composée par Gino Bordin (1899-1977), un guitariste/mandoliniste italien qui était également actif au Japon à cette époque. En fait, la face B de ce disque comporte un duo de guitare et de violon hawaïen (avec quelques accompagnements occasionnels de « scie musicale ») avec Bordin et Paknadel (quelque chose que je posterai dans le futur).

Charles et Charlie

L’actualité rejoint curieusement le récit : la semaine dernière, les chaines d’information évoquaient la première ministre japonaise Sanae Takaichi, qui a décidé d’emménager dans la résidence officielle des chefs de gouvernement nippon, le 29 décembre, soit plus de deux mois après son entrée en fonction. Or, ce bâtiment de pierre et de brique est réputé pour être hanté. À tel point que deux anciens Premiers ministres, Shinzo Abe et Yoshihide Suga, ont préféré ne jamais investir les lieux. Pourquoi ? Parce qu’en 1932, 15 mai, dans ce même bâtiment, le Premier ministre japonais de l’époque, Inukai Tsuyoshi, a été assassiné par des jeunes officiers nationalistes, membres de la société du Dragon noir, et que depuis, son fantôme et ceux de ses assassins sont réputés hanter ces lieux. L’histoire est encore plus surprenante : les conjurés avaient également prévu d’assassiner Charlie Chaplin, alors en tournée promotionnelle. Le plan, il faut le dire, avait la naïveté du désespoir ; ces officiers persuadés que tuer la vedette du cinéma muet, qu’ils croyaient américain, provoquerait une guerre avec les États-Unis, ignoraient qu’il était sujet britannique. Lors de son procès, l’un des conjurés, le Lieutenant Seishi Koga, confirmera : Chaplin est une figure populaire aux États-Unis et la coqueluche de la classe capitaliste. Nous pensions que le tuer provoquerait une guerre avec l’Amérique. Dans ses mémoires de 1933, A Comedian Sees the World, Chaplin s’en amusera même : J’imagine les assassins ayant mené à bien leur plan, puis découvrant que je n’étais pas américain mais anglais ! Oh, toutes nos excuses ! Leur opération échoua presque entièrement, à l’exception hélas du meurtre du Premier ministre, criblé de balles dans cette fameuse résidence. Chaplin, lui, échappa par un heureux concours de circonstances à cette tragédie absurde : invité initialement à dîner par Inukai, il avait été entraîné par le fils du ministre, Takeru, à un tournoi de sumo. Le rire de Charlot résonnait donc dans l’arène (il trouvait en effet, écrira-t-il que le sumo était amusant à regarder… si l’on ne comprend pas la technique, tout le déroulement semble comique) tandis que, quelques kilomètres plus loin, la politique japonaise sombrait dans le tumulte et la mort. Quelques jours plus tard, Chaplin ayant repris sa tournée, fut accueilli au Florida Dance Hall de Tokyo par Charles Paknadel et son orchestre, où il eut l’occasion de narrer cette mésaventure. Ce fut pour Charles et Kimiko l’un des signes néfastes qui les poussèrent à quitter le Japon.