Dans la série « Ils nous avaient prévenus » j’aimerais revenir, actualité oblige, sur un roman peu connu de Jules Verne, « Sans dessus dessous », paru en 1889. Dans ce dernier, trois capitalistes américains (déjà protagonistes de De la Terre à la lune et de Autour de la lune) s’engagent dans un nouveau projet et décident de construire un gigantesque canon de 27 m de diamètre et de 600 m de longueur visant à projeter une charge propulsive formée de 2000 tonnes de « méli-mélonite », super-explosif inventé par Jules Verne pour la circonstance, afin de déplacer le pôle de 23°28′, et de créer un nouvel axe de rotation de la Terre perpendiculaire au plan de l’écliptique. Pourquoi ? Pour ainsi faire fondre les glaces de l’Arctique, dont ils ont acheté la plupart des terres et exploiter ses riches ressources jusque là inaccessibles, minerais et charbon. Les conséquences environnementales et sociales du reste du monde seraient effroyables, mais qu’importent à nos savants cupides. Soit, du bon Jules Verne, certes.

Croisons ceci avec une récente fiction, le film Survivre, de Frédéric Jardin, avec Emilie Dequenne, sorti en 2024, pas un chef d’œuvre du genre apocalyptique, mais bon. Le scénario imagine une catastrophe qui bouleverse la planète : les pôles magnétiques de la Terre se sont inversés. Les océans ont anéanti les continents, laissant derrière eux un vaste désert. Dans ce monde ravagé, une famille doit lutter pour sa survie. Notons que le point de départ de cette fiction est toujours le réel : le Nord magnétique se déplace, et je me souviens des marches topographiques où pour orienter correctement sa carte, il fallait appliquer la DMR, la déclinaison magnétique rapportée pour tenir compte de ce phénomène. Mais à l’époque (années 90), il ne s’agissait que de quelques mètres par an. Aujourd’hui, le pôle Nord magnétique se déplace à une vitesse inédite, glissant vers la Sibérie à plus de 50 km par an. La déclinaison magnétique devient instable, exigeant des mises à jour constantes des systèmes GPS, notamment pour l’aviation, la marine et l’armée. Ce phénomène naturel pourrait être le signe avant-coureur d’un événement encore plus rare mais redouté : l’inversion des pôles magnétiques. Lorsqu’elle survient, le champ magnétique terrestre peut s’effondrer temporairement, exposant la surface aux radiations solaires, bouleversant le climat et rendant certaines zones inhabitables. Donc, oui, on peut imaginer un scénario catastrophe sur cette base. Soit, ce film met donc en scène les conséquences d’une réussite du projet fou des personnages de Verne, et nous nous disons que si ce phénomène en soi est une menace, ces savants avides d’extraction étaient bien ce qui se fait de pire en anthropocénie. Donc, ne pas jouer avec le feu, ni la glace.

Pourtant certains journalistes et lanceurs d’alerte soupçonnent (parano complotiste peut-être) le projet HARRP, mené en Alaska par l’armée américaine et divers organismes de recherche d’expérimenter sur la manipulation climatique et électromagnétique à grande échelle. Officiellement destiné à étudier l’ionosphère, HAARP serait capable, selon eux, d’envoyer des ondes radio à haute fréquence dans la haute atmosphère, et serait ainsi en mesure de perturber localement le champ magnétique, voire d’en modifier certaines dynamiques. Complotisme snas doute, mais ce qui est certain, c’est que HAARP ressemble dangereusement à l’artillerie scientifique du roman de Verne. Un canon invisible, énergétique, pointé vers le ciel. Une tentative de plier la Terre à la volonté humaine. Donc, techniquement, peut-être …

Autre fait : aujourd’hui, toujours aux USA, nous entendons le président Trump souhaiter acheter le Groendland, et ce depuis 2019, et aujourd’hui, affirmer vouloir s’en emparer d’une façon ou d’une autre, affolant le Danemark et jetant toute l’Europe (et l’OTAN) dans une perplexité assez gênée (ce grand frère protecteur est décidément assez taquin et fantasque, à l’image du personnage de Homelander pour ceux qui ont la référence). Pourquoi ? Bien sûr parce qu’avec le réchauffement climatique (auquel par ailleurs il ne croit pas vraiment), ces fameuses glaces contrariantes vont fondre et permettre l’extraction massive de ses ressources. Drill, baby, drill. Tant pis pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et de leurs richesses. Le grand frère mérite le meilleur, lui qui est habituer à profiter du pétrole du monde entier, même de celui qu’il ne produit ni n’achète, grâce au pétrodollar, à cette obligation pour le monde entier (tant qu’à faire) mise en place par Nixon et Ford, d’effectuer toute transaction pétrolière en dollars, ce qui permet aux États-Unis de s’endetter et de financer leurs dépenses bien au-delà de leurs ressources réelles, sans subir les sanctions monétaires que connaîtrait n’importe quel autre État. Et gare si on menace ce privilège exorbitant : Maduro vient d’en faire les frais, puisque pour contourner les sanctions américaines il allait accepter d’échanger son pétrole contre des euros ou des yuans chinois. La sanction fut immédiate, comme en 2000 lorsque Saddam Hussein (celui-là même dont les USA financèrent la guerre contre l’Iran jusqu’à s’endetter au point de ruiner son économie), dans son ingratitude (ou alors il n’avait pas apprécié la première guerre qui lui fut faite par ses alliés d’hier), décida de vendre son pétrole contre des euros (ce qui explique que la France de Villepin n’y voyait pas d’inconvénient, ni d’intérêt à l’en empêcher). Sanction donc : invasion en 2003, exécution du désobéissant et retour au pétrodollar. Mais les gens sont têtus : en 2008, le Libyen Mouammar Kadhafi, jusque-là honorable campeur des quais de Seine, décide de création d’une monnaie panafricaine adossée à l’or, souvent désignée comme le « dinar-or », destinée à servir aux échanges de matières premières africaines, notamment le pétrole. Re-sanction : bombardement, exécution, retour au dollar et aux affaires.

Mais bon, ce n’était qu’une digression, revenons à notre Groenland et admirons la chaine des faits et des fictions : Verne avait prévu la dérive capitaliste mégalomaniaque et extractiviste du pouvoir technologique, Trump l’a traduite en stratégie géopolitique à la brutalité assumée, HAARP en incarne peut-être l’infrastructure cachée… et Survivre en montre les conséquences.